Par Marie RONZE, Docteur Vétérinaire, pour Chezmonveto
Longtemps considéré comme un animal « facile », le lapin domestique est en réalité un compagnon sensible, intelligent et exigeant. Bien comprendre ses besoins est essentiel pour préserver sa santé et lui offrir une vie longue et équilibrée.
❖ Une alimentation adaptée : la base de sa santé
Le lapin est un herbivore strict, ainsi son système digestif est adapté à ce mode d’alimentation. De plus, le lapin a des dents à croissance continue, qui doivent s’user naturellement grâce à une alimentation riche en fibres. Ces particularités digestives et dentaires expliquent la plupart des problèmes de santé du lapin, d’où l’importance d’une alimentation adaptée.
Le foin constitue l’aliment principal : il doit être disponible en permanence et à volonté, propre et de bonne qualité. Il joue un double rôle :
- Maintien du transit intestinal : les fibres stimulent la motricité digestive et préviennent la stase gastro-intestinale, affection fréquente et grave chez le lapin.
- Usure des dents : la mastication prolongée du foin permet une usure physiologique des dents et limite les malocclusions dentaires.
Un lapin qui consomme peu de foin s’expose à des troubles digestifs graves et à des problèmes dentaires douloureux qui nécessitent une intervention vétérinaire.
Les aliments frais complètent l’alimentation quotidienne. La verdure fraîche (herbe) complète le foin. Concernant les légumes, on peut en apporter quotidiennement, en quantité raisonnable et adaptée au poids de l’animal. Ils apportent eau, micronutriments et variété alimentaire. Cependant, ils ne peuvent à eux seuls couvrir les besoins du lapin.
Nous conseillons de privilégier les légumes à feuilles vertes comme les fanes de carottes ou radis, la salade, les endives. Les fruits sont à donner en petite quantité, comme des friandises, une à deux fois par semaine.
Une introduction trop rapide de nouveaux aliments ou des aliments inadaptés peuvent provoquer diarrhée ou déséquilibre de la flore intestinale.
Les granulés peuvent être proposés en petite quantité, pour compléter la ration, mais ils ne doivent pas remplacer le foin. Ils doivent être distribués en deux prises quotidiennes. Ils peuvent être mélangés au foin ou placés dans des jouets d’occupation type balles distributrices. La quantité moyenne de granulés est de 20 g/kg/jour.
Certains aliments sont à éviter : pain, biscuits, céréales, pommes de terre, sucreries ou restes de table qui peuvent provoquer de graves troubles digestifs. Le laurier-rose et l’if ont une toxicité reconnue.
❖ Un habitat spacieux et sécurisé
Contrairement aux idées reçues, le lapin ne doit pas vivre exclusivement en cage. Il a besoin d’un espace de vie suffisamment grand pour se déplacer, courir, sauter et explorer. C’est un animal très curieux et intelligent qui apprend facilement à utiliser une litière.
Son environnement doit comporter :
une zone de repos confortable,
une litière propre,
des cachettes pour se sentir en sécurité,
des objets à ronger,
du foin à volonté.
Un espace sécurisé est indispensable : les lapins adorent grignoter câbles électriques, plantes ou objets dangereux. Il est donc intéressant d’aménager un enclos en intérieur et/ou en extérieur.
L’enclos extérieur doit être sécurisé contre les prédateurs et disposer d’une zone abritée isolée des courants d’air et des intempéries, le lapin y étant très sensible.
La qualité et l’entretien du sol et de la litière sont indispensables pour éviter les pododermatites.
❖ Des besoins comportementaux importants
Le lapin est un animal social et curieux. Il a besoin d’interactions régulières, que ce soit avec ses humains ou, idéalement, avec un congénère compatible. Deux mâles adultes peuvent parfois se battre. Ainsi, un duo de lapins du sexe opposé reste l’idéal, en ayant bien évidemment stérilisé au moins l’un des deux.
Il apprécie les moments de liberté, les jeux et la stimulation mentale. L’ennui peut entraîner stress et problèmes de santé, destruction ou troubles du comportement.
Respecter son rythme est essentiel : le lapin n’aime pas être porté de manière brusque et peut se montrer craintif s’il ne se sent pas en confiance.
❖ Un suivi vétérinaire indispensable
Le lapin est un animal fragile qui masque souvent les signes de maladie. Une perte d’appétit, un arrêt des crottes ou un changement de comportement doivent toujours être pris au sérieux.
Un suivi vétérinaire régulier permet :
- de vérifier l’état des dents,
- de contrôler le poids,
- de mettre en place les vaccinations recommandées, qui protègent contre des maladies potentiellement mortelles,
- de discuter de la stérilisation ou de la castration : chez la femelle, la stérilisation est fortement recommandée, sans quoi elle risque de développer des tumeurs utérines. Chez le mâle, la castration permet de réduire certains comportements indésirables (marquage urinaire, destruction, cohabitation compliquée, …)
❖ Un engagement sur le long terme
Un lapin peut vivre 8 à 15 ans, parfois davantage. Adopter un lapin implique donc un engagement durable, du temps et un budget adapté.
Avec un environnement et une alimentation adaptés, le lapin devient un compagnon affectueux et attachant.
L’équipe vétérinaire reste à votre disposition pour vous conseiller et vous accompagner à chaque étape de sa vie.
Pour les kids :
Le lapin n’est pas une peluche : c’est un animal sensible qui a besoin de calme, de respect et d’attention.
1. Je parle doucement
Les lapins ont une ouïe très développée. Les cris et les gestes brusques leur font peur. Je m’approche doucement et je parle calmement.
2. Je ne le porte pas sans un adulte
Un lapin peut se débattre et se blesser gravement en tombant. Je demande toujours à un adulte de m’aider pour le porter correctement.
3. Je respecte ses moments tranquilles
S’il se cache ou s’éloigne, cela veut dire qu’il a besoin de repos. Je ne le force jamais à jouer.
4. Je l’aide à rester en bonne santé
Je vérifie chaque jour avec mes parents :
- qu’il mange bien son foin,
- qu’il a de l’eau fraîche,
- qu’il fait des crottes normales.
Si quelque chose change, on en parle rapidement à un vétérinaire
12/02/2024 - Actualités générales
La myxomatose, qu’est-ce que c’est ?Par Lauriane Devaux, Docteur Vétérinaire, pour ChezmonvetoLa myxomatose est une maladie causée par un virus de la famille des poxvirus du genre Leporipoxvirus. Il a été l’un des premiers virus à être observé et identifié à la fin du 19ème siècle en Amérique du Sud. Sa structure extérieure est proche du virus de la variole.❖ Quels sont les animaux qui peuvent être touchés par la maladie ?Les lapins du genre Oryctolagus (lapin domestique et sauvage européen) sont particulièrement sensibles à ce virus, et la maladie est en général grave et potentiellement mortelle en fonction du statut immunitaire de l’animal. Les lapins du genre Sylvilagus (lapin sauvage d’Amérique du Nord que l’on retrouve aussi un peu dans le milieu naturel en Europe) sont moins sensibles et ne développent en général qu’une masse tumorale cutanée bénigne appelée fibrome. Les lièvres peuvent être touchés par la myxomatose mais de manière très anecdotique.❖ Comment le virus se transmet-il ?Le virus peut se transmettre par inhalation de particules virales en contact direct avec un lapin sauvage ou domestique infecté ou de manière indirecte par le biais d’insectes piqueurs comme les moustiques, les puces ou les cheyletielles par exemple. La population de lapin sauvage est un réservoir du virus et les pics endémiques correspondent aux périodes où les insectes piqueurs sont les plus nombreux (au début du printemps et de l’automne en général, lorsque le climat est doux et humide). Le virus peut résister plusieurs mois dans l’environnement et bien qu’il soit relativement résistant aux températures extrêmes (résiste à des températures de plus de 60°C et à la congélation), il est sensible aux UV et à beaucoup de désinfectants usuels, dont l’eau de Javel à 10%.❖ Quels sont les symptômes observés lors d’une myxomatose ?Le temps d’incubation est d’environ 4 à 5 jours. Typiquement la myxomatose est à l’origine de la formation de petites masses sous-cutanée qui peuvent se développer partout sur le corps, mais les pourtours des orifices sont particulièrement touchés : le tour des paupières majoritairement, les narines, les lèvres, la zone ano-génitale. Il est possible d’observer un gonflement des paupières avec un écoulement purulent. Ces signes peuvent être accompagnés de symptômes respiratoires secondaires à une broncho-pneumonie et des symptômes plus généraux comme de l’abattement, une anorexie ou de la fièvre. Sur un individu non-immunisé, la maladie évolue quasi exclusivement vers la mort en une dizaine de jours, même avec une prise en charge médicale. Dans ce cas de figure, la guérison est excessivement rare mais lorsque c’est le cas, les lésions mettent 6 à 8 semaines à disparaitre.Il existe une forme amyxomateuse, qui se caractérise par des symptômes exclusivement respiratoires. Cette forme se développe principalement lors d’une contamination par un aérosol (inspiration des particules virales). Chez des lapins vaccinés ou avec une immunité partielle, la maladie peut parfois se développer mais sous une forme moins sévère et non-létale. Les symptômes cutanés régressent alors en quelques semaines.Les très jeunes lapins sont en général très sensibles et meurent plus rapidement que les individus plus âgés.❖ Comment diagnostiquer la myxomatose du lapin ?Il est possible de diagnostiquer la maladie du vivant de l’animal avec une PCR sur un écouvillon des muqueuses des zones les plus atteintes (muqueuses conjonctivales, nasales, vaginales préputiales ou anales) ou sur une biopsie de lésion cutanée. Post-mortem, une analyse histologique peut également être réalisée.❖ Quel est le traitement possible ?En l’absence d’immunité, le traitement est malheureusement vain dans la très grande majorité des cas. Il s’agit essentiellement d’un traitement de soutien (gestion de la température corporelle, alimentation et abreuvement assistés, perfusion) et d’un traitement symptomatique adapté (traitement antibiotique pour lutter contre les surinfections bactériennes notamment).Éventuellement, un traitement antiparasitaire externe doit être administré si des parasites sont visibles sur la peau ou le pelage. Dans les cas les plus sévères, ou en cas de dégradation en hospitalisation, une euthanasie peut être conseillée pour ne pas laisser le lapin souffrir.❖ Comment peut-on prévenir la maladie ?Seule la vaccination permet de prévenir la maladie. Il existe dorénavant un vaccin trivalent permettant de vacciner contre la myxomatose ainsi que les deux variants de la maladie hémorragique en une seule injection annuelle. Les effets secondaires sont rares et consistent le plus souvent en une réaction locale au point d’injection. L’apparition de myxomes au niveau de la face est possible mais rare. Cette manifestation, qui n’est à ce jour pas expliquée, est bénigne et les lésions disparaissent en quelques semaines. Tout effet secondaire de ce type doit faire l’objet d’une déclaration de pharmacovigilance auprès du laboratoire par le biais de votre vétérinaire. Le protocole vaccinal peut être adapté en fonction des vaccins que le lapin a reçu au préalable ou de son état de santé. La balance bénéfice/risque peut être discutée en consultation.Question curieuse : La myxomatose peut-elle avoir des répercussions sur la fertilité des lapins ?Oui ! Cela a notamment été vu chez les mâles lors des cas de myxomatose touchant les parties génitales. L’inflammation locale prolongée augmente la température au niveau des testicules ce qui entraine la mort des spermatozoïdes. Ainsi, si le lapin survit, il peut être stérile pendant plusieurs mois après l’infection.Pour les Kids : Le sais-tu ?- Il existe une protection des lapereaux par les anticorps maternels pendant les 4 à 5 premières semaines de vie, si celle-ci est immunisée. Les anticorps sont transmis via le lait maternel lors des tétés.- Une immunité d’origine paternelle peut éventuellement être transmise à sa progéniture. Ce phénomène est appelé « résistance paternelle ». Certains scientifiques suspectent qu’elle se transmettrait par des facteurs d’immunité présent dans le sperme.- Une résistance génétique peut également s’installer avec le temps, notamment en milieu sauvageRéférencesQUESENBERRY KE, CARPENTER JW. Ferrets, Rabbits and Rodents Clinical Medicine and Surgery. 4th ed.Saunders WB. 2020 : 656pVARGA M. Textbook of rabbit medicine. 2nd ed. Butterworth Heinemann Elsevier. UK. 2014 :494p.
03/01/2024 - Actualités générales
L’obésité chez le chatPar Audrey Hervey, Docteur Vétérinaire, pour ChezmonvetoIls sont tellement mignons les chats que l’on voit sur Tik Tok ! Comme le chat d’Alice au pays des merveilles, Garfield ou Lucifer le chat de Cendrillon. Leurs points communs ? Ils sont mignons mais obèses !❖ Est-ce que mon chat est obèse ?En France, 3 à 4 chats sur 10 sont en surpoids et ce phénomène prend de l’ampleur. Un chat est dit « obèse » quand il pèse plus de 20% de son poids idéal.Un chat domestique européen pèse entre 4 et 5 kg. A 1 an, votre chat est adulte. Il n’est donc pas censé grossir. S’il prend 400g c’est comme si nous prenions 4kg.Ses côtes doivent être facilement palpables. Quand on le regarde de haut, on doit faire la distinction entre son thorax et son abdomen. Et même s’il est stérilisé et que sa sangle abdominale peut devenir moins renforcée, son abdomen (le panicule adipeux) ne doit pas pendre.❖ Quels sont les risques ?En moyenne les chats obèses vivent 2 ans de moins que les chats de corpulence normale.Sans parler des risques de problèmes cardiovasculaires évident et de déprime due à l’impossibilité de se mouvoir à leurs guises. Ils ont 3 fois plus de risques d’avoir des problèmes de peau (n’arrivent plus à se toiletter), 3 fois plus de risques de calculs urinaires, 4 fois plus de risque de cystite, 4 fois plus de risque de diabète et 5 fois plus de risques d’arthrose, de boiterie.❖ Comment prévenir l’obésité ?Avant les chats (souvent des chats de ferme) vivaient à l’extérieur, ils chassaient, étaient actifs.Aujourd’hui nous avons des chats sédentaires, vivant souvent en appartement. Il est donc nécessaire de faire attention à leur alimentation.Ne pas donner d’aliment à volonté, il aura tendance à ingurgiter plus de calories que l’exigent ses besoins nutritionnels. Mais le chat est un grignoteur, nourrissez-le en petites quantités mesurées plusieurs fois par jour et éviter les friandises. N’hésitez pas à cacher les croquettes à différents endroits ou à utiliser un distributeur.Au dos de votre paquet de croquettes, il y a un tableau vous préconisant les quantités à respecter par jour pour le poids idéal de votre chat. Pour un chat sédentaire, ne pas hésiter à diminuer cette quantité de 20%.Quand il est stérilisé, ses besoins énergétiques sont diminués de 20 à 30%, les 6 premiers mois sont cruciaux et pendant cette période le suivi nutritionnel est important.❖ Pour en savoir plus : Comment le faire maigrir ?Ne réduisez pas les quantités de croquettes trop brutalement, votre chat risquerait une lipidose hépatique. La perte de poids doit avoir lieu en douceur. Souvent il faudra en passer par des croquettes (et ou pâtées) de régime et donc une restriction calorique.Composées de protéines facilement digérables, de fibres et pauvres en graisse, il permettra à votre chat de perdre du poids progressivement, en ayant une sensation de satiété. Un apport de courgettes cuites à l’eau en plus, si les quantités ne lui conviennent pas, peut-être une excellente solution. Un chat sur 2 aime les courgettes !Arrêtez bien sur les friandises beaucoup trop caloriques.Utilisez une gamelle anti glouton et un distributeur de croquettes (type Pipolino) afin qu’il mange plus doucement et joue pour se nourrir.Les jeux quotidiens variés et/ou les sorties sont indispensables (en liberté ou en harnais).Il convient de le peser régulièrement (chaque mois minimum).Pour les Kids : Comment tu peux aider ton chat à perdre du poids ?Ton chat aime jouer mais il aime varier les plaisirs, il se lasse vite.Tu peux lui créer des jeux : une boulette d’aluminium, un bâton avec une ficelle au bout de laquelle tu peux accrocher des plumes, un bâton avec du bolduc accroché à son extrémité, des jeux avec des cartons à trous peuvent le faire jouer plusieurs minutes. Et parfois il jouera juste avec un élastique en tissus ou une vieille chaussette !Certains jouets sont composés de graines d’herbe à chat dont les chats raffolent.Ils aiment aussi jouer avec la lumière des pointeurs laser (attention de ne pas viser ses yeux ou les tiens).Tu peux aussi le poser en bas de l’escalier et le faire monter à l’aide de quelques croquettes que tu auras retiré de sa ration quotidienne.À toi de jouer !Pour en savoir plus1. Vidéo d’une consultation de suivi vétérinaire d’un chat au régimehttps://www.30millionsdamis.fr/actualites/videos/article/10017-astuces-pour-faire-maigrir-son-chat/2. Article pour résumer l’obésité : https://www.hillspet.fr/health-conditions/cat/weight-management3. Idées bricolage https://www.10-trucs.com/animaux/jouet-pour-chat-a-fabriquer.html
05/12/2023 - Conseils du vétérinaire
Les maladies respiratoires de la tortue de terre, une histoire classique !Par Lauriane Devaux, Docteur Vétérinaire, pour ChezmonvetoVotre tortue de terre vous a très certainement été vendue comme une tortue dite de « jardin ». Depuis que vous l’avez elle vit dans son enclos extérieur toute l’année et elle se débrouille seule pour son hibernation avec ce que vous lui avez mis à disposition : une cabane, du foin ou des feuilles mortes et tout autre type de protection pour l’aider à passer l’hiver. Chaque année elle se réveille au printemps et tout va bien. Sauf que cette année, ça va moins bien… Elle ne se remet pas vraiment à manger, elle a les yeux collés et éventuellement larmoyants et vous avez même vu une bulle sortir de son nez. Mais que se passe-t-il ? C’est tout l’objet de cet article…❖ Pourquoi ma tortue est-elle plus susceptible « d’attraper froid » dans certaines régions de France ? Quelques notions de physiologie de reptilesClassiquement, les tortues dites « de jardin », sont les tortues du genre Testudo. Il s’agit notamment des tortues méditerranéennes (la tortue d’Hermann et la tortue grecque) et la tortue des steppes (horsfieldi). Il s’agit d’animaux qui vivent dans des climat plutôt secs : chauds et secs à la belle saison et doux ou froid et sec en hiver. Ces tortues ont évolué de manière à s’adapter à ce milieu et ont besoin de paramètres environnementaux bien précis pour que leur organisme fonctionne correctement. En ce sens, la tortue de terre, et les reptiles d’une manière générale, ne peuvent être considérés comme des animaux domestiques puisqu’ils ne se sont pas « habitués » à un autre environnement que celui dont l’espèce est issue. Cela ne signifie pas systématiquement qu’ils ne peuvent pas survivre dans un autre milieu, mais qu’ils y sont globalement plus fragile et leur espérance de vie en est impactée. Dans le cas de nos tortues « de jardin », lorsqu’elles vivent en extérieure toute l’année sous des latitudes où le climat est plus humide et/ou plus froid que dans l’environnement d’où est originaire son espèce, son organisme ne fonctionne pas correctement. A moyen/long terme, cela a un impact sur son immunité et cela la rend plus susceptible d’attraper des maladies. Dans le cas des tortues d’Hermann, grecques et des steppes, elles vont avoir plus de risque de développer des maladies respiratoires comme l’herpèsvirose et la mycoplasmose. La sortie d’hibernation et les carences alimentaires telles que les carences en vitamine A sont également des facteurs favorisants.❖ Quelles sont ces maladies respiratoires ?Les infections de l’appareil respiratoire haut sont assez fréquentes chez les tortues du genre Testudo. Elles sont, en général, secondaires à une infection par un herpèsvirus et/ou par une bactérie du genre Mycoplasma. De plus les surinfections bactériennes ne sont pas rares. Ces atteintes sont à l’origine d’un complexe rhinite-conjonctivite (jetage, écoulement oculaire, bruits respiratoires), d’une stomatite avec une ulcération des muqueuses buccales (herpèsvirose) et de symptômes plus généraux comme de l’abattement, ou des troubles de l’appétit (dysorexie voire anorexie). Elles peuvent atteindre l’appareil respiratoire profond, mais les symptômes sont souvent frustres et se déclarent tardivement, une fois que la maladie est bien installée : symptômes généraux, mouvements respiratoires anormaux et augmentation des bruits et de la fréquence respiratoire, respiration bouche ouverte.❖ Quels examens complémentaires peuvent m’être proposés ?L’isolation de l’agent infectieux sur culture est possible à partir de prélèvements nasaux, mais est assez fastidieuse en raison de la flore buccale variée de ces tortues ou de la difficulté de la mise en culture (mycoplasmes). Des tests sérologiques ont également été développés pour les herpèsvirus et les mycoplasmes, et leur sensibilité et leur spécificité peuvent être améliorées en les combinant à des tests moléculaires, tels que des tests PCR.Des examens d’imagerie médicale comme une radiographie pulmonaire ou éventuellement un scanner permettent d’évaluer l’atteinte des voies respiratoires profondes.Dans les cas les plus critique, un bilan sanguin complet peut permettre d’évaluer les conséquences de la maladie sur les autres organes et d’anticiper d’éventuelles défaillances organiques.❖ Comment traiter les maladies respiratoires des tortues de terres ?En l’absence de symptômes généraux, la prise en charge médicale peut être effectuée à la maison. Un traitement symptomatique est mis en place et il est souvent combiné à une antibiothérapie large spectre en l’absence d’identification du ou des germes responsables de la maladie. Dans le cas où un diagnostic de certitude a pu être posé, le traitement anti-microbien peut être adapté. Autrefois largement utilisé, les traitements anti-viraux sont aujourd’hui plus discutés en raison de leur efficacité très relative.❖ Quel est le pronostic de cette maladie ?Malheureusement, le pronostic est plutôt réservé à sombre à moyen/long terme. En effet, une fois contaminées par un herpèsvirus et/ou un mycoplasme, les tortues restent porteuses et les rechutes sont fréquentes. Lorsque la maladie est trop avancée l’issue est souvent fatale. Afin de prévenir les récidives il est conseillé de replacer la tortue dans un milieu qui lui convient, cela signifie donc qu’en dehors de la période estivale, elle doit être installée dans un terrarium chauffé en intérieur si elle ne se trouve pas géographiquement dans son milieu originel. Il est également conseillé de réaliser une hibernation dans un milieu sécurisé et où les paramètres d’ambiance peuvent être contrôlés (cave, garage, réfrigérateur…) et une fois que l’animal ne présente plus aucun symptôme.Question curieuse : Est-il possible de moucher une tortue ?Oui ! Les tortues ont des narines très étroites et courtes qui abouchent dans la cavité buccale par deux fentes appelées les choanes. Dans ces conduits, des sécrétions peuvent s’accumuler et favoriser le développement de surinfections et diminuer l’efficacité des médicaments comme les antibiotiques. Le fait de retirer se sécrétions est donc bénéfique à la guérison. En fonction de la taille des narines, le/la vétérinaire peut insérer un cathéter de taille adaptée et envoyer du sérum physiologique avec une seringue pour désinsérer les sécrétions et rincer les muqueuses.Pour les Kids : Le sais-tu ?- Chaque espèce de tortue possède un optimum de température : c’est une fourchette relativement étroite de température extérieure qui permet à l’organisme de la tortue de fonctionner de manière optimale. En dehors de l’optimum, cela peut nuire à la survie de la tortue.- Lorsqu’une tortue est malade, il faut augmenter la température du terrarium jusqu’à la valeur maximum de son optimum de température pour booster son immunité.- Lorsqu’une tortue ne mange plus d’elle-même, il est possible d’installer un petit tuyau au niveau de son cou et qui descend dans l’estomac pour la nourrir avec de la bouillie le temps qu’elle aille mieux.RéférencesMCARTHUR S., WILKINSON R., MEYER J. Medicine and surgery of tortoises and turtles. Ames. 2004. pp579MURRAY M. J. Pneumonia and lower respiratory tract disease. In : Reptile medicine and surgery. 2nd ed. Ed MADER D. R. St-Louis. 2006. 865-877WENDLAND L. D., BROWN D. R., KLEIN P. A., BROWN M. B. Upper respiratory tract disease (mycoplasmosis) in tortoises. In : Reptile medicine and surgery. 2nd ed. Ed MADER D. R. St-Louis. 2006. 931-938
07/11/2023 - Conseils du vétérinaire
D’où vient la mauvaise haleine (appelé halitose) ?Par Audrey Hervey, Docteur Vétérinaire, pour ChezmonvetoLes bactéries se trouvent à l’état naturel dans la salive et s’agglomèrent à la surface des dents en produisant des substances qui forment la plaque dentaire. Puis la plaque s’épaissit, se minéralise pour former le tartre (épaisseur marron sur les dents) qui passe sous la gencive, provoquant douleur, saignements et, au fur et à mesure, le déchaussement des dents.Le tartre est un nid à bactéries : 1 mg de plaque dentaire contient environ 10 millions de bactéries ! Ce bouillon de culture provoque mauvaise haleine, des abcès dentaires et même des infections cardiaques et rénales.Les animaux rencontreront des difficultés à s’alimenter. Combattre le tartre est donc essentiel pour la santé, le bien-être de votre animal et le vôtre !❖ Quels sont les facteurs de risque ?Les chiens de petites races (Caniche, Yorkshire, Shit-su, Chihuahua, Pinscher…), ceux souffrant d’anomalies ou chevauchement (races prognathes) sont plus sujets à accumuler la plaque dentaire.Certains chats souffrent de maladies chroniques (ex : le FIV « Sida des chats ») qui favorisent les gingivites et les douleurs dentaires mais comme les autres carnivores, ils ne sont pas exclus du processus de calcification de la plaque dentaire, des infections et des déchaussements des dents.Plus l’animal vieillit, plus la pathologie évolue. Certains sujets commencent à avoir du tartre à partir de 2 ans mais en moyenne, il se forme entre 5 et 8 ans.L’alimentation molle favorise l’accélération du processus de minéralisation de la plaque dentaire par absence de mastication et de frottement des aliments sur les dents comme le font les croquettes.❖ Que peut faire mon vétérinaire ?Votre vétérinaire, selon le stade de la maladie parodontaire, pourra proposer de pratiquer un détartrage à ultrasons sur votre animal de compagnie. Les vibrations décollent et disloquent le tartre et un jet d’eau continu l’évacuation tout en évitant l’échauffement des gencives.C’est une intervention identique à celle que l’on subit chez notre dentiste mais qui nécessite chez l’animal une anesthésie générale. Difficile d’expliquer à l’animal conscient pendant une telle intervention, qu’il doit garder la gueule ouverte, ne pas bouger, ne pas mordre…Le vétérinaire profitera de cette intervention, si le besoin s’en fait sentir, pour retirer les dents douloureuses, déchaussées, infectées ou victimes de résorption dentaire (fréquente chez les chats).Cette intervention a en moyenne lieu tous les 2 ou 3 ans mais elle est parfois nécessaire chaque année chez certains patients.Question curieuse : Comment puis-je aider mon animal ?Un chien possède 42 dents, un chat 30 à l’âge adulte. Imaginez votre haleine toute une vie sans vous laver les dents !Des solutions existent pour aider votre animal à avoir des dents blanches, saines, et une haleine fraiche.Brosser les dents est sans conteste, comme pour nous, la méthode la plus efficace (le brossage réduit de 50% la plaque dentaire). Avec une brosse de petite taille souple et un dentifrice en pâte abrasive appétente que le chien peut avaler, en commençant par les dents de devant puis en allant vers les faces externes des molaires (supérieures en particulier). Des doigtiers en caoutchouc rugueux existent pour remplacer la brosse à dent et sont souvent mieux tolérées chez les animaux non habitués. Brosser les dents est un apprentissage à commencer dès le plus jeune âge pour que cette habitude devienne coutumière.Il existe d’autres méthodes moins intrusives visant à retarder l’apparition du tartre : les lamelles à mâcher à utiliser quotidiennement, elles sont parfois caloriques et n’ont d’utilité que si l’animal les mâche avant de les avaler, des croquettes/friandises spéciales, des jouets avec des picots ou des poudres à dissoudre dans l’eau de boisson.Bien sûr, ces méthodes n’excluent pas des détartrages parfois réguliers. Elles limitent, ralentissent juste le processus.72% des Français se lavent les dents 2 fois par jour minimum et malgré cela, en moyenne, ils subissent un détartrage une fois/an.Pour les Kids : Le sais-tu ?L’animal qui a le plus de dents est le tatou géant (Priodontes Maximus) ! il vit en Amérique du Sud (en Guyane et en Argentine) et est malheureusement menacé d’extinction. Il possède entre 80 et 100 dents !Le requin a quant à lui 2 rangées de dents qui se renouvellent en permanence ! Tout au long de sa vie, il pourra avoir en tout 30 000 dents!Dans la nature, les animaux subissent aussi les conséquences du tartre et à un stade avancé, ils ont des difficultés à se nourrir, deviennent plus faibles et la proie d’autres prédateurs.Références1. L’animal qui a le plus de dents https://www.geo.fr/environnement/quel-est-lanimal-qui-a-le-plus-de- dents-209931#:~:text=Il%20s'agit%20du%20Tatou,est%20pas%20sa%20seule%20originalit%C3%A9%20!2. Dentiste vs vétérinaire https://www.youtube.com/watch?v=6gwbqTaEN8A3. Comment laver les dents de son chien https://www.youtube.com/watch?v=6gwbqTaEN8A
07/10/2023 - Actualités générales
La maladie hémorragique, qu’est-ce que c’est ?Par Lauriane Devaux, Docteur Vétérinaire, pour ChezmonvetoLa maladie hémorragique du lapin est causée par un Lagovirus de la famille des Calicivirus. Il est apparu initialement dans les années 80 en Chine et a commencé à se répandre parmi les populations de lapins européens sauvages au début des années 90. Le variant historique est le VHD1. Un deuxième variant, le VHD2, est apparu en France en 2010 avant de se répandre en Europe puis en Australie et enfin d’atteindre les populations de lagomorphes d’Amérique du Nord depuis 2019. Ce deuxième variant est aujourd’hui le plus fréquemment impliqué dans les cas de maladie hémorragique diagnostiqués.❖ Quels sont les animaux qui peuvent être touchés par la maladie ?Le variant VHD1 touche exclusivement les lapins dits européen (Oryctolagus cuniculus), à la différence du variant VHD2 qui peut infecter toute espèce de lagomorphes (le lapin de Garenne, le lapin domestique, les lièvres, les lapins du genre Sylvilagus spp.). Il y a également une différence entre les deux variants en ce qui concerne l’âge des lapins qui peuvent être infectés. En effet, le variant VHD1 ne touche pas les lapereaux de moins de 8 semaines, là où le variant VHD2 touche les lapins de tout âge.❖ Comment le virus se transmet-il ?Le virus peut se propager par contact direct ou indirect avec un lapin malade (vivant ou mort, selles de prédateurs) ou par contact avec une alimentation contaminée par des déjections de lapins malades (foin, granulés, légumes). Le virus est effectivement très résistant dans le milieu extérieur. Il peut survivre plusieurs mois dans l’environnement et garder son pouvoir contaminant. Le virus résiste aux UV, à la congélation et à des températures supérieures à 50°C pendant quelques heures. En revanche, une exposition à l’eau de Javel 10% pendant 5 à 10 minutes permet de désinfecter les surfaces contaminées.Dans une moindre mesure, la contamination peut aussi se faire via des piqures d’insectes (moustiques, puces…).❖ Quels sont les symptômes observés lors d’une maladie hémorragique ?Le virus provoque une nécrose du foie et parfois de la rate ainsi que des problèmes de coagulation à l’origine d’une hémorragie dans plusieurs organes.En l’absence d’un protocole vaccinal correct, le taux de mortalité est proche des 100% pour les infections par le VHD1, et autour de 70-80% pour le VHD2, même s’il tend à augmenter ces dernières années. La forme suraiguë de la maladie entraine une mort très rapide parfois sans symptômes préalables.Lorsque la mort n’est pas immédiate, le lapin infecté peut développer des symptômes généraux (syndrome fébrile, anorexie, abattement), une pâleur des muqueuses ou des muqueuses bleutées (cyanose) ou jaunes (ictère), des symptômes neurologiques, respiratoires, des signes d’hémorragie. Le décès intervient en général au bout de 3 à 4 jours.❖ Comment diagnostiquer la maladie hémorragique du lapin ?Le diagnostic ante-mortem est rarement possible en raison du taux de mortalité rapide élevé. La prise de sang peut montrer une anémie, une diminution des globules blancs et des plaquettes, et une élévation des paramètres sanguins hépatiques. Lorsque l’animal meurt, il est possible de réaliser une autopsie et une biopsie du foie pour effectuer une PCR à la recherche du virus. L’analyse permet de différencier les deux variants de la maladie.❖ Quel est le traitement possible ?Il n’existe pas de traitement spécifique contre la maladie hémorragique. Lorsqu’il est possible de diagnostiquer rapidement la maladie, la mise en place d’un traitement de soutien (perfusion, soutien alimentaire, antibiothérapie, gestion de douleur, soutien de la fonction hépatique…) peut aider le patient à passer la phase critique de la maladie, notamment lorsque l’animal est à jour de ses vaccins.En revanche, lorsqu’il n’est pas correctement vacciné l’issue est le plus souvent fatale.❖ Comment peut-on prévenir la maladie ?Seule la vaccination permet de prévenir la maladie. Il existe dorénavant un vaccin trivalent permettant de vacciner contre la myxomatose ainsi que les deux variants de la maladie hémorragique en une seule injection annuelle. Les effets secondaires sont rares et consiste le plus souvent en une réaction locale au point d’injection. Le protocole vaccinal peut être adapté en fonction des vaccins que le lapin a reçu au préalable ou de son état de santé. La balance bénéfice/risque peut être discutée en consultation.Question curieuse : Qu’est-ce que le contrôle biologique d’une population par le biais d’un virus ?Le lapin de Garenne a été introduit en Australie à la fin du 18ème siècle par les colons Britanniques qui les avaient embarqués avec eux pour pouvoir se nourrir de leur viande. Des individus ont vraisemblablement pu s’échapper des élevages et ils se sont rapidement adaptés à l’environnement australien et ont très rapidement proliféré. Les lapins sont devenus rapidement une menace écologique en raison de leur surpâturage qui occasionne une accélération de l’érosion et la disparition de nombreuses espèces végétales. Le gouvernement australien a utilisé de nombreuses techniques pour tenter de juguler la prolifération de l’espèce dont la lutte biologique par le biais de maladies contagieuses comme la myxomatose ou la maladie hémorragique. Les lapins sauvages ont rapidement développé une certaine résistance à la myxomatose mais l’essai avec la maladie hémorragique semble plus fructueux. Cependant, cela représente maintenant un risque pour les lapins domestiques d’Australie, mais aussi pour les efforts de conservation du lapin sauvage dans d’autres régions du globe en raison de la résistance du virus dans le milieu extérieur et de la facilité de sa dissémination notamment grâce au tourisme.Pour les Kids : Le sais-tu ?- Les lapins réagissent très peu voire pas du tout à l’injection du vaccin. Ils sont beaucoup moins sensibles que nous !- Le variant 2 du virus de la maladie hémorragique et un virus bien différent génétiquement du variant 1, il ne s’agit pas seulement d’une mutation de ce dernier. La conséquence est que le vaccin contre le variant 1 ne permet pas de protéger contre le variant 2. Il faut donc bien un vaccin contenant la protection contre chacun des deux variants.RéférencesQUESENBERRY KE, CARPENTER JW. Ferrets, Rabbits and Rodents Clinical Medicine and Surgery. 4th ed.Saunders WB. 2020 : 656pVARGA M. Textbook of rabbit medicine. 2nd ed. Butterworth Heinemann Elsevier. UK. 2014 :494p